Band 
Troisième volume.
Seite
61
JPEG-Download
 

( Gi )

Assis les jambes croisées, sur un divan, dans le fond d’un salon revêtu de boiseries dorées, ilreçoit toutes les personnes qui viennent pour traiter d’affaires avec lui; celles-ci ne l’approchentqu’en baisant le bas de sa robe et en le saluant un genou à terre. Le bey fait asseoir auprès de luiles personnes de distinction; les autres, se tenant éloignées, s assoient à terre. Quant aux satelliteset aux subalternes, ils restent en dehors d’une barrière placée à l’entrée du salon. Iosouf nous ayantadressé par interprète diverses questions sur les événements politiques de l’Europe , nous fit asseoirprès de lui. Plusieurs serviteurs portant des moustaches nous versèrent du café sans sucre et nousprésentèrent des pipes. Ayant fait nos civilités au bey, et ayant obtenu de lui la permission de par-courir la ville et d’y séjourner pendant quelque temps pour dessiner, nous fîmes déposer près de sondivan du rhum, du sucre, du café et du tabac. Iosouf reçut ce cadeau avec plaisir, il nous engagea àdîner pour le lendemain, et donna des ordres pour que nous fussions accompagnés de guides armés.

Conduits par un de ces guides, nous visitâmes d’abord le stoa ou portique, un petit temple

d’Auguste, près duquel ou retrouve un marbre portant une longue inscription, un sarcophage

romain assez grossier, la Tour des vents, la lanterne de Démosthène , et, hors des murs de la ville,les beaux restes des colonnes d’Adrien et la porte d’Adrien. Le temple de Thésée , où notre guide nous

mena ensuite, a été converti en église par les Grecs modernes qui l’ont recouverte d’une voûte assez

mal construite, sous laquelle maintenant sont établies des écuries. Plusieurs irrégularités existent dansla disposition des plafonds. Parmi les monuments qui existent encore au milieu des ruines d’Athènes ,le temple de Thésée est le mieux conservé.

Étant sortis de la ville, nous montâmes sur le Puyx, où existe encore un grand mur de soutènementportant la tribune aux harangues et les escaliers qui y conduisent. Lorsqu’on gagne le monticule surlequel s’élève le monument de Philopapus, que les soldats de la garnison laissent examiner seulement àdistance, et qu’on se place entre cette colline et le Pnyx, on voit très-bien l’Acropole , dont les Turcsne permettent pas non plus d’approcher. On aperçoit aussi le Parthénon , les Propylées, dont paraîtun des piédestaux et l’un des angles du temple de Minerve. A l’aide d’une bonne lunette, on dis-tingue même les restes des bas-reliefs du Parthénon. Si l’on tourne ensuite au pied de l’Acropole ,on passe près du théâtre d’Hérode-Atticus et près de la grotte appelée l’autel d’Aglaure ; toute ladécoration en est détruite. Deux colonnes corinthiennes du temps du Bas-Empire restent seules encoredebout. On ne retrouve aucune trace du second théâtre indiqué sur la carte de Lapie. Après avoirpassé l’Illissus près d’une chute d’eau appelée la fontaine Callirhoé, on trouve une chapelle du moyenâge à la place du temple de Cérès, également indiqué sur la carte. L’autel des Muses a aussi disparu.Plus loin on reconnaît parfaitement le stade et les restes du pont qui y aboutissait. Sur l’emplacementdu temple de Diane s’élève aujourd’hui une chapelle. C’est en vain que l’on cherche les colonnes duLycée, elles n’existent plus. En rentrant dans la ville par la porte placée près du Lycée, on remarque,parmi les débris épars çà et là, une grande quantité de sculptures et d’inscriptions appartenant àtous les temps. Près de cet endroit, on montre dans une maison deux cariatides colossales; ce sontdeux hommes nus, à genoux, dont le corps se termine en une queue de poisson qui se recourbe derrièreleur dos. Cette sculpture est assez mauvaise. Dans le voisinage sont situées la maison de M. Fauvelet celle du consul anglais . La première contient divers fragments de sculpture, entre autres la partieinférieure d une grande figure drapee, en marbre noir : dans la seconde, on remarque un bas-relief romainreprésentant un homme drape, à côte duquel se tient un enfant. Cette sculpture, de grandeur natu-relle, est médiocre. Là se borna notre première visite rendue dans Athènes aux plus beaux monuméntsde la Grèce antique.

Le lendemain, accompagnés de soldats turcs, mesure nécessaire pour en imposer aux soldatsalbanais qui forment la garnison, nous fîmes une vue du temple de Thesee et une autre de la Tourdes vents.

A cinq heures du soir, croyant, d’après ce qui nous avait été dit, que c était 1 heure du dîner dubey, nous nous rendîmes à son invitation. Après avoir attendu deux heures, pendant lesquelles Iosoufdonna audience à tous les chefs de la garnison venus pour traiter d’affaires avec lui, il nous ditqu’ayant reçu de bonnes nouvelles de JNegrepont son pays, il voulait se réjouir avec nous. Un violon’,une guitare et un tambour de basque, l’élite des virtuoses de la ville, préludèrent à la fête. Cesmalheureux musiciens commencèrent alors un vacarme épouvantable, qui ne cessa qu’après notredépart. Pendant la soirée, le bey, poursuivant toujours l’idée de se donner entièrement à la joie, se

3i

T. III.