CHAPITRE VI.
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sait des conditions qui ie minaient insensiblement ; s’il serelevait, on l’abaissait encore davantage; et il devenaitsujet sans qu’on put donner une époque de sa sujétion.
Ainsi Rome n’était pas proprement une monarchie ouune république, mais la tête du corps formé par tous lespeuples du monde *.
Si les Espagnols, après la conquête du Mexique et duPérou, avaient suivi ce plan, ils n’auraient pas été obli-gés de tout détruire pour tout conserver.
C’est la folie des conquérants de vouloir donner à tousles peuples leurs lois et leurs coutumes : cela n’est bon àrien, car dans toute sorte de gouvernement on est capabled’obéir.
Mais Rome n’imposant aucunes lois générales, les peu-ples n’avaient point entre eux de liaisons dangereuses :ils ne faisaient un corps que par une obéissance commune ;et, sans être compatriotes, ils étaient tous Romains.
On objectera peut-être que les empires fondés sur leslois des fiefs n’ont jamais été durables ni puissants. Maisil n’y a rien au monde de si contradictoire que le plan desRomains et celui des barbares ; et, pour n’en dire qu’unmot, le premier était l’ouvrage de la force, l’autre de lafaiblesse ; dans l’un, la sujétion était extrême; dans l’au-tre, l’indépendance. Dans les pays conquis par les nationsgermaniques , le pouvoir était dans la main des vassaux ;
1 [On est encore effrayé quand on considère que les nations qui fontà présent des royaumes si redoutables, toutes les Gaules, toutes les Es-pagnes, la Grande-Bretagne presque tout entière, riilyrique jusqu’auDanube, la Germanie jusqu’à l’Elbe, l’Afrique jusqu’à ses déserts af-freux et impénétrables, la Grece, la Thrace, la Syrie, l’Égypte, tous lesroyaumes de l’Asie mineure, et ceux qui sont renfermés entre ie Pont-Euxin et la mer Caspienne, et les autres que j’oublie peut-èlre, ou queje ne veux pas rapporter, n’ont été durant plusieurs siècles que desprovinces romaines. (Bossuet , Disc, sur VHist. univ., troisième par-tie, ch. vi.]