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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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60 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

vrait dans les suffrages la division par tribus. Il y en avaittrente-cinq qui donnaient chacune leur voix, quatre de laville, et trente et une de la campagne. Les principaux ci-toyens , tous laboureurs, entrèrent naturellement dansles tribus de la campagne; et celles de la ville reçu-rent le bas peuple 1 , qui, y étant enfermé, influait très-peu dans les affaires ; et cela était regardé comme le salutde la république. Et quand Fabius remit dans les quatretribus de la ville le menu peuple qu’Appius Claudius avaitrépandu dans toutes, il en acquit le surnom de très-grand 2 .Les censeurs jetaient les yeux tous les cinq ans sur la si-tuation actuelle de la république, et distribuaient de ma-nière le peuple dans ses diverses tribus, que les tribuns etles ambitieux ne pussent pas se rendre maîtres des suf-frages , et que le peuple même ne pût pas abuser de sonpouvoir 3 .

1 Appelé iurbaforensis.

2 Voyez Tite-Live, îiv. IX, ch. xlvi.

3 [Les fonctions des censeurs nese bornaient pas à cette appréciation etàcette distribution morale des individus qui composaient la république ;ils en faisaient encore le dénombrement : et « par là, dit Bossuet, Romesavait tout ce qu’elle avait de citoyens capables de porter les armes, etce qu’elle pouvait espérer de la jeunesse qui s’élevait tous les jours. Ainsielle ménageait ses forces contre un ennemi qui venait des bords del’Afrique, que le temps devait détruire tout seul dans un pays étranger,où les secours étaient si tardifs, et à qui ses victoires mêmes, qui luicoûtaient tant de sang, étaient fatales. C’est pourquoi, quelque perte quifût arrivée, le sénat, toujours instruit de ce qui lui restait de bons sol-dats, n’avait qu’à temporiser, et ne se laissait jamais abattre. Quandpar la défaite de Cannes, et par les révoltes qui suivirent, il vil les for-ces de la république tellement diminuées qu’à peine eùt-on pu se défen-dre si les ennemis eussent pressé, il se soutint par courage ; et, sans setroubler de ses pertes, il se mit à regarder les démarches du vainqueur.Aussitôt qu’on eut aperçu qu’Annibal, au lieu de poursuivre sa victoire,ne songeait durant queîque temps qu’à en jouir, le sénat se rassura, etvit bien qu’un ennemi capable de manquer à sa fortune, et de se laisseréblouir par ses grands succès, n’était pas né pour vaincre les Romains.Dès lors Rome Ut tous les jours de plus grandes entreprises; et Anni-bat, tout habile, tout courageux, tout victorieux qu’il était, ne puttenir contre elle. » {Die. sur VHist. univ., troisième partie, ch. yi.)]