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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE IX.

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Le gouvernement de Rome fut admirable en ce que,depuis sa naissance , sa constitution se trouva telle, soitpar l’esprit du peuple, la force du sénat, ou l’autorité decertains magistrats, que tout abus du pouvoir y put tou-jours être corrigé.

Carthage périt, parce que, lorsqu’il fallut retrancher lesabus, elle ne put souffrir la main de son Annibal même.Athènes tomba, parce que ses erreurs lui parurent si dou-ces qu’elle ne voulut pas en guérir. Et parmi nous les ré-publiques d’Italie, qui se vantent de la perpétuité de leurgouvernement, ne doivent se vanter que de la perpétuitéde leurs abus : aussi n’ont-elles pas plus de liberté queRome n’en eut du temps des décemvirs’.

Le gouvernement d’Angleterre est plus sage, parcequ’il y a un corps qui l’examine continuellement, et quis’examine continuellement lui-même ; et telles sont seserreurs qu’elles ne sont jamais longues, et que, par l’espritd’attention qu’elles donnent à la nation, elles sont souventutiles.

En un mot, un gouvernement libre, c’est-à-dire tou-jours agité, ne saurait se maintenir s’il n’est, par sespropres lois, capable de correction.

CHAPITRE IX.

Deux causes de la perte de Rome.

Lorsque la domination de Rome était bornéedansFItalie,la républiquepouvaitfacilement subsister. Tout soldatétaitégalement citoyen; chaque consul levait une armée ; etd’autres citoyens allaient à la guerre sous celui qui succé-dait. Le nombre de troupes n’étant pas excessif, on avait

1 Ni même plus de puissance.