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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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(il GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

attention à ne recevoir dans la milice que des gens quieussent assez de bien pour avoir intérêt à la conservationde la ville x . Enfin le sénat voyait de près la conduite desgénéraux, et leur ôtait la pensée de rien faire contre leurdevoir.

Mais lorsque les légions passèrent les Alpes et la mer,les gens de guerre, qu’on était obligé de laisser pendantplusieurs campagnes dans les pays que l’on soumettait,perdirent peu à peu l’esprit de citoyens ; et les généraux,qui disposèrent des armées et des royaumes, sentirentleur force, et ne purent plus obéir.

Les soldats recommencèrent donc à ne reconnaître queleur général, à fonder sur lui toutes leurs espérances, et àvoir de plus loin la ville. Ce ne furent plus les soldais dela république, mais de Syila, deMarius, de Pompée, deCésar. Rome ne put plus savoir si celui qui était à la têted’une armée dans une province était son général ou sonennemi.

Tandis que le peuple de Rome ne fut corrompu que parses tribuns, à qui il ne pouvait accorder que sa puissancemême, le sénat put aisément se défendre, parce qu’il agis-sait constamment ; au lieu que la populace passait sanscesse de l’extrémité de la fougue à l’extrémité de la fai-blesse. Mais quand le peuple put donner à ses favoris une

1 Les affranchis et ceux qu’on appelait capite censi , parce que, ayanttrès-peu de bien, ils n’étaient taxés que pour leur tête, ne furent pointd'abord enrôlés dans la milice de terre, excepté dans les cas pressants.Servius Tullius les avait mis dans la sixième classe, et on ne prenaitdes soldats que dans les cinq premières. Mais Marius, partant contreJugurtha, enrôla indifféremment tout le monde. Milites scribere, ditSalluste, non more majorum , neque classibus, sed uti cvjnsque libidoerat, capitecensosp/erosgwe. ( De Bello Jugurlh.) Remarquez que, dansla division par tribus, ceux qui étaient dans les quatre tribus de la villeétaient à peu près les mômes que ceux qui, dans la division par cenlu-ries, étaient dans la sixième classe.