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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XI.

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à Rome, le peuple croit être perdu, si on n’en chargePompée. Veut-on détruire les pirates, il n’y a que Pom-pée. Et lorsque César menace d’envahir, le sénat crie àson tour, et n’espère plus qu’en Pompée.

« Je crois bien, disait Marcus 'au peuple, que Pom-« pée, que les nobles attendent, aimera mieux assurer« votre liberté que leur domination ; mais il y a eu un« temps où chacun de vous avait la protection de plu-« sieurs, et non pas tous la protection d’un seul, et où il« était inouï qu’un mortel pût donner ou ôter de pareilles« choses. «

A Rome, faite pour s’agrandir, il avait fallu réunir dansles mêmes personnes les honneurs et la puissance ; ce qui,dans des temps de trouble, pouvait fixer l’admiration dupeuple sur un seul citoyen.

Quand on accorde des honneurs, on sait précisément ceque l’on donne ; mais, quand on y joint le pouvoir, on nepeut dire à quel point il pourra être porté.

Des préférences excessives données à un citoyen dansune république ont toujours des effets nécessaires : ellesfont naître l’envie du peuple, ou elles augmentent sansmesure son amour.

Deux fois Pompée, retournant à Rome maître d’oppri-mer la république, eut la modération de congédier sesarmées avant que d’y entrer, et d’y paraître en simple ci-toyen. Ces actions, qui le comblèrent degloire, firent que,dans la suite, quelque chose qu’il eût fait au préjudicedes lois, le sénat se déclara toujours pour lui.

Pompée avait une ambition plus lente et plus douceque celle de César. Celui-ci voulait aller à la souverainepuissance les armes à la main, comme Sylla, cette façon

1 Fragment de VHistoire de Sallustc.

MONTESQUIEU. 7