Buch 
Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
Entstehung
Seite
72
JPEG-Download
 

72 GRANDEUR EX DÉCADENCE DES ROMAINS,

comme attachée à sa vie, veillaient à sa sûreté, et étaienttoujours prêts à le secourir ou à le venger

La république devant nécessairement périr, il n’étaitplus question que de savoir comment et par qui elle de-vait être abattue.

Deux hommes également ambitieux, excepté que l’unne savait pas aller à son but si directement que l’autre,effacèrent par leur crédit, par leurs exploits, par leursvertus, tous les autres citoyens. Pompée parut le pre-mier; César le suivit de près.

Pompée, pour s’attirer la faveur, fit casser les lois deSylla qui bornaient le pouvoir du peuple; et quand il eutfait à son ambition un sacrifice des lois les plus salutairesde sa patrie , il obtint tout ce qu’il voulut, et la téméritédu peuple fut sans bornes à son égard,

Les lois de Rome avaient sagement divisé la puissancepublique en un grand nombre de magistratures qui sesoutenaient, s’arrêtaient, et se tempéraient l’une l’autre;et comme elles n’avaient toutes qu’un pouvoir borné,chaque citoyen était bon pour y parvenir ; et le peuple,voyant passer devant lui plusieurs personnages l’un aprèsl’autre, ne s’accoutumait à aucun d’eux. Mais dans cetemps-ci le système de la république changea : les pluspuissants se firent donner par le peuple des commissionsextraordinaires, ce qui anéantit l'autorité du peuple et desmagistrats, et mit toutes les grandes affaires dans lesmains d’un seul ou de peu de gens 2 .

Fallut-il faire la guerre à Sertorius, on en donna la com-mission à Pompée. Fallut-il la faire à Mithridate, tout lemonde cria : Pompée! Eut-on besoin de faire venir des blés

’ On peut voir ce qui arriva après la mort de César.

2 Plebis opes immilutœ, paucorum, potentia crevit. ( Salluste, deConjurationc Catil.)