Buch 
Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
Entstehung
Seite
77
JPEG-Download
 

CHAPITRE XL

77

comme Agamemnon, le roi des rois. Je vous avertis, di-sait un autre, que nous ne mangerons pas encore cetteannée des figues de Tusculum. Quelques succès particu-liers qu’il eut achevèrent de tourner la tête à cette troupesénatoriale. Ainsi, pour n’être pas blâmé, il fit une choseque la postérité blâmera toujours, de sacrifier tant d’a-vantages pour aller, avec des troupes nouvelles, combat-tre une armée qui avait vaincu tant de fois \

Lorsque les restes de Pharsale se furent retirés en Afri-que, Scipion, qui les commandait, ne voulut jamaissuivre l’avis de Caton, de traîner la guerre en longueur :enflé de quelques avantages, il risqua tout, et perdit tout ;et lorsque Brutus et Cassius rétablirent ce parti, la mêmeprécipitation perdit la république une troisième fois.

Vous remarquerez que, dans ces guerres civiles, quidurèrent si longtemps, la puissance de Rome s’accrut sanscesse au dehors. SousMarius, Sylla,Pompée, César, An-toine, Auguste, Rome, toujoursplus terrible, acheva dedétruire tous les rois qui restaient encore.

Il n’y a point d’État qui menace si fort les autres d’uneconquête que celui qui est dans les horreurs de la guerrecivile. Tout le monde, noble, bourgeois , artisan, labou-reur, y devient soldat; et lorsque par la paix les forcessont réunies, cet État a de grands avantages sur les au-tres , qui n’ont guère que des citoyens. D’ailleurs, dans lesguerres civiles, il se forme souvent de grands hommes,parce que dans la confusion ceux qui ont du mérite sefont jour, chacun se place et se met à son rang; au lieuque dans les autres temps on est placé, et on l’est souvent

1 Cela est bien expliqué dans Appien, de là Guen'e civile , liv. IV,ch. cviii et suiv. L’armée d’Octave et d’Antoine aurait péri de faim, sil’on n’avait pas donné la bataille.

7 .