76 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
barbares. Si César n’avait point eu le gouvernement de laGaule transalpine, il n’aurait point corrompu ses soldats,ni fait respecter son nom par tant de victoires. S’il n’a-vait pas eu celui de la Gaule cisalpine, Pompée auraitpu l’arrêter au passage des Alpes ; au lieu que, dès lecommencement de la guerre, il fut obligé d’abandonnerl’Italie : ce qui fit perdre à son parti la réputation, quidans les guerres civiles est la puissance même.
La même frayeur qu’Annîbal porta dans Rome aprèsla bataille de Cannes, César l’y répandit lorsqu’il passale Rubicon. Pompée, éperdu, ne vit, dans les premiersmoments de la guerre, de parti à prendre que celui quireste dans les affaires désespérées : il ne sut que céder etque fuir; il sortit de Rome, y laissa le trésor public; ilne put nulle part retarder le vainqueur ; il abandonnaune partie de ses troupes, toute l’Italie, et passa la mer.
On parle beaucoup de la fortune de César ; mais cethomme extraordinaire avait tant de grandes qualitéssans pas un défaut, quoiqu’il eût bien des vices, qu’ileût été bien difficile que, quelque armée qu’il eût com-mandée, il n’eût été vainqueur, et qu’en quelque répu-blique qu’il fût né, il ne l’eût gouvernée.
César, après avoir défait les lieutenants de Pompée enEspagne, alla en Grèce le chercher lui-même. Pompée,qui avait la côte de la mer et des forces supérieures,était sur le point de voir l’armée de César détruite par lamisère et la faim ; mais comme il avait souverainementle faible de vouloir être approuvé, il ne pouvait s’empê-cher de prêter l’oreille aux vains discours de ses gens,qui le raillaient ou l’accusaient sans cesse l . Il veut, di-sait l’un, se perpétuer dans le commandement, et être,
1 Voyez Plutarque, Fie de Pompée.