80 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
consultes; il les souscrivait du nom des premiers sénateursqui lui venaient dans l’esprit. « J’apprends quelquefois,« dit Cicéron », qu’un séuatus-consulte passé à mon avis« a été porté en Syrie et en Arménie, avant que j'aie su« qu’il ait été fait ; et plusieurs princes m’ont écrit des let-« très de remercîments sur ce que j’avais été d’avis qu’on« leur donnât le titre de rois, que non-seulement je ne sa-« vais pas être rois, mais même qu’ils fussent au monde. »
On peut voir dans les lettres de quelques grands hom-mes de ce temps-là 5 , qu’on a mises sous le nom de Cicé-ron, parce que la plupart sont de lui, l’abattement et ledésespoir des premiers hommes de la république à cetterévolution subite qui les priva de leurs honneurs et deleurs occupations mêmes, lorsque le sénat étant sansfonction, ce crédit, qu’ils avaient eu par toute la terre,ils ne purent plus l’espérer que dans le cabinet d’un seul;et cela se voit bien mieux dans ces lettres que dans lesdiscours des historiens. Elles sont le chef-d’œuvre de lanaïveté des gens unis par une douleur commune, et d’unsiècle où la fausse politesse n’avait pas mis le mensongepartout ; enfin on n’y voit point, comme dans la plupart denos lettres modernes, des gens qui veulent se tromper,mais des amis malheureux qui cherchent à se tout dire.
J1 était bien difficile que César pût défendre sa vie : laplupart des conjurés étaient de son parti, ou avaient étépar lui comblés de bienfaits 1 2 3 , et la raison en est bien na-turelle. Ils avaient trouvé de grands avantages dans sa vic-toire; mais , plus leur fortune devenait meilleure, plus ils
1 Lettres familières , liv. IX-
2 Voyez les Lettres de Cicéron et de Servi us Sulpitius.
3 Décimas Brutus, Caïus Casca, Trébonius, Tullius Cimber, Minu-tius Basiiius, étaient amis de César. (Appien, de Bello civili, lib. H,ch. exin.