84 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
eu l'honneur de César, une comète à longue chevelure pa-rut pendant sept jours : le peuple crut que son âme avaitété reçue dans le ciel.
C’était bien une coutume des peuples de Grèce et d’Asiede bâtir des temples aux rois, et même aux proconsulsqui les avaient gouvernés 1 : on leur laissait faire ces cho-ses comme le témoignage le plus fort qu’ils pussent donnerde leur servitude ; les Romains mêmes pouvaient, dansdes laraires, ou des temples particuliers, rendre des hon-neurs divins à leurs ancêtres ; mais je ne vois pas que, de-puis Romulus jusqu’à César, aucun Romain ait été mis aunombre des divinités publiques 2 .
Le gouvernement de la Macédoine était échu à Antoine ;il voulut, au lieu de celui-là, avoir celui des Gaules : onvoit bien par quel motif. Décimus Rrutus, qui avait laGaule cisalpine, ayant refusé de la lui remettre, il voulutl’en chasser ; cela produisit une guerre civile, dans laquellele sénat déclara Antoine ennemi de la patrie.
Cicéron, pour perdre Antoine, son ennemi particulier,avait pris le mauvais parti de travailler à l’élévation d’Oc-tave ; et, au lieu de chercher à faire oublier au peuple Cé-sar, il le lui avait remis devant les yeux.
Octave se conduisit avec Cicéron en homme habile : ille flatta, le loua, le consulta, et employa tous ces artificesdont la vanité ne se défie jamais.
Ce qui gâte presque toutes les affaires, c’est qu’ordi-nairement ceux qui les entreprennent, outre la réussiteprincipale, cherchent encore de certains petits succès
1 Voyez là-dessus les Lettres de Cicéron à Atticus, liv. V, et la re-marque de M. l’abbé deMongault
2 Dion dit que les triumvirs, qui espéraient tous d’avoir quelque jourla place de César, tirent tout ce qu’ils purent pour augmenter les hon-neurs qu’on lui rendait, liv. XLVII.