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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XIII.

01

eujustiee ou intimidait encore les juges 1 ; l’autorité mêmedu peuple était anéantie : témoin Gabinius, qui, aprèsavoir rétabli, malgré le peuple, Ptolomée à main armée,vint froidement demander le triomphe 2 .

Ces premiers hommes de la république cherchaient àdégoûter le peuple de son pouvoir, et à devenir nécessai-res en rendant extrêmes les inconvénients du gouverne-ment républicain ; mais lorsque Auguste fut une fois lemaître, la politique le fit travailler à rétablir l’ordre, pourfaire sentir le bonheur du gouvernement d’un seul.

Lorsque Auguste avait les armes à la main, il craignaitles révoltes des soldats, et non pas les conjurations descitoyens; c’est pour cela qu’il ménagea les premiers, etfut si cruel aux autres. Lorsqu’il fut en paix, il craignitles conjurations ; et ayant toujours devant les yeux ledestin de César, pour éviter son sort il songea à s’éloignerde sa conduite. Voilà la clef de toute la vie d’Auguste. Ilporta dans le sénat une cuirasse sous sa robe ; il refusa lenom de dictateur; et au lieu que César disait insolemmentque la république n’était rien, et que ses paroles étaientdes lois, Auguste ne parla que de la dignité du sénat, etde son respect pour la république. Il songea donc à établirle gouvernement le plus capable de plaire qui fût possi-ble sans choquer ses intérêts ; et il en fit un aristocratiquepar rapport au civil, et monarchique par rapport au mili-taire : gouvernement ambigu, qui, n’étant pas soutenupar ses propres forces, ne pouvait subsister que tandisqu’il plairait au monarque, et était entièrement monar-chique par conséquent.

1 Cela se voit bien dans les Lettres de Cicéron à Atücus.

2 César lit la guerre aux Gaulois, et Crassus aux Parlhes, sans qu’il yeût aucune délibération du sénat ni aucun décret du peuple. Voyez Dion,