SO GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
que ville songeât a se justifier devant le vainqueur, qui,ayant des promesses immenses à tenir aux soldats, devaitleur sacrifier les pays les plus coupables.
Nous avons eu en France deux sortes de guerres civiles :les unes avaient pour prétexte la religion, et elles ontduré parce que le motif subsistait après la victoire; lesautres n’avaient pas proprement de motif, mais étaientexcitées par la légèreté ou l’ambition de quelques grands,et elles étaient d’abord étouffées.
Auguste (c’est le nom que la flatterie donna à Octave)établit l’ordre, c’est-à-dire une servitude durable 1 ; cardans un État libre où l’on vient d’usurper la souveraine-té, on appelle règle tout ce qui peut fonder l’autorité sansborne d’un seul ; et on nomme trouble, dissension, mau-vais gouvernement, tout ce qui peut maintenir l’honnêteliberté des sujets.
Tous les gens qui avaient eu des projets ambitieuxavaient travaillé à mettre une espèce d’anarchie dans larépublique. Pompée, Crassus et César y réussirent à mer-veille. Ils établirent une impunité de tous les crimes pu-blics ; tout ce qui pouvait arrêter la corruption des mœurs,tout ce qui pouvait faire une bonne police, ils l’abolirent ;et comme les bons législateurs cherchent à rendre leursconcitoyens meilleurs, ceux-ci travaillaient à les rendrepires : ils introduisirent donc la coutume de corrompre lepeuple à prix d’argent, et quand on était accusé de brigueson corrompait aussi les juges; ils firent troubler les élec-tions par toutes sortes de violences, et quand on était mis
1 [La plupart des ambitieux qui s’élèvent prennent de nouveaux titrespour autoriser un nouveau pouvoir. Mais Auguste voulut cacher unepuissance nouvelle sous des noms connus et des dignités ordinaires : ilse lit appeler empereur, pour conserver son autorité sur les légions; selit créer tribun, pour disposer du peuple : et prince du sénat , pour legouverner. (Saint-Évremond.)]