CHAPITRE XIII.
93
celui-là seul avait le droit de demander le triomphe, sousles auspices duquel la guerre s’était faite 1 ; or elle se fai-sait toujours sous les auspices du chef, et par conséquentde l’empereur, qui était le chef de toutes les armées.
Comme, du temps de la république, on eut pour prin-cipe de faire continuellement la guerre, sous les empe-reurs la maxime fut d’entretenir la paix : les victoires nefurent regardées que comme des sujets d’inquiétude, avecdes armées qui pouvaient mettre leurs services à trophaut prix.
Ceux qui eurent quelque commandement craignirentd’entreprendre de trop grandes choses : il fallut modérersa gloire de façon qu’elle ne réveillât que l’attention, et nonpas la jalousie du prince; et ne point paraître devant luiavec un éclat que ses yeux ne pouvaient souffrir.
Auguste fut fort retenu à accorder le droit de bourgeoisieromaine 2 ; il fit des lois 3 pour empêcher qu’on n’affran-chît trop d’esclaves 4 ; il recommanda par son testamentque l’on gardât ces deux maximes, et qu’on ne cherchâtpoint à étendre l’empire par de nouvelles guerres.
Ces trois choses étaient très-bien liées ensemble : dèsqu’il n’y avait plus de guerres, il ne fallait plus de bour-geoisie nouvelle, ni d’affranchissements.
Lorsque Rome avait des guerres continuelles, il fallait
his, tes mêmes coutumes restèrent après 1e changement du gouverne-ment, dont la forme même resta à peu près.
1 Dion, inAug. liv. L1V, dit qu’Agrippa négligea par modestie derendre compte au sénat de son expédition contre les peuples du Bos-phore, et refusa même le triomphe; et que depuis lui personne de sespareils ne triompha ; mais c’était une grâce qu’Auguste voulait faire hAgrippa, et qu’Antoine ne lit point à Ventidius la première fois qu’ilvainquit les Parthes.
2 Suétone , in Aug.
* Suétone, ibid. Yoyez les Institutes, liv. I.
4 Dion, inAug .