94 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
qu’elle réparât continuellement ses habitants. Dans lescommencements, on y mena une partie du peuple delàville vaincue : dans .la suite, plusieurs citoyens des villesvoisines y vinrent pour avoir part au droit de suffrage ; etils s’y établirent en si grand nombre, que, sur les plaintesdes alliés, on fut souvent obligé de les leur renvoyer; enfinon y arriva en foule des provinces. Les lois favorisèrentles mariages , et même les rendirent nécessaires. Romefit dans toutes ses guerres un nombre d’eselaves prodi-gieux ; et lorsque ses citoyens furent comblés de richesse,ils en achetèrent de toutes parts ; mais ils les affranchirentsans nombre, par générosité, par avarice, par faiblesse 1 :les uns voulaient récompenser des esclaves fidèles; les au-tres voulaient recevoir en leur nom le blé que la républiquedistribuait aux pauvres citoyens ; d’autres enfin désiraientd’avoir à leur pompe funèbre beaucoup de gens qui la sui-vissent avec un chapeau de fleurs. Le peuple fut presquecomposé d’affranchis 2 ; de façon que ces maîtres du monde,non-seulement dans les commencements, mais dans tousles temps, furent la plupart d’origine servile.
Le nombre du petit peuple, presque tout composé d’af-franchis ou de fils d’affranchis, devenant incommode,on en fit des colonies, par le moyen desquelles on s’assurade la fidélité des provinces. C’était une circulation deshommes de tout l’univers. Rome les recevait esclaves, etles renvoyait Romains.
Sous prétexte de quelques tumultes arrivés dans lesélections, Auguste mit dans la ville un gouverneur et unegarnison ; il rendit les corps des légions éternels, les plaça
' Denys d’Halicarnasse, Iiv. IV.
2 Voyez Tacite, Annales, liv. XIII, ch. mvh, laie fusum in cor-pus, etc.