100 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
té, ce crime, dit Pline, de ceux à qui on ne peut pointimputer de crime, fut étendue à ce qu’on voulut.
Je crois pourtant que quelques-uns de ces titres d’accusa-tion n’étaient pas si ridicules qu’ils nous paraissent aujour-d’hui; et je ne puis penser que Tibère eût fait accuser unhomme pour avoir vendu avec sa maison la statue del’empereur ; que Damitien eût fait condamner à mort unefemme pour s’ètre déshabillée devant son image, et uncitoyen parce qu’il avait la description de toute la terrepeinte sur les murailles de sa chambre, si ces actions n’a-vaient réveillé dans l’esprit des Romains que l’idée qu’ellesnous donnent à présent. Je crois qu’une partie de cela estfondée sur ce que, Rome ayant changé de gouvernement,ce qui ne nous paraît pas de conséquence pouvait l’êtrepour lors : j’en juge par ce que nous voyons aujourd’huichez une nation qui ne peut pas être soupçonnée de tyran-nie , où il est défendu de boire à la santé d’une certainepersonne.
Je ne puis rien passer qui serve à faire connaître le-géniedu peuple romain. Il s’était si fort accoutumé à obéir, et àfaire toute sa félicité de la différence de ses maîtres, qu’a-près la mort de Germanicus il donna des marques dedeuil, de regret et de désespoir, que l’onne trouve plusparmi nous. Il faut voir les historiens décrire la désolationpublique 1 , si grande, si longue, si peu modérée ; et celan’était point joué : car le corps entier du peuple n’affecte,.ne flatte, ni ne dissimule.
Le peuple romain, qui n’avait plus de part au gouver-nement , composé presque d’affranchis ou de gens sansindustrie, qui vivaient aux dépens du trésor public, ne' Voyez Tacite,