CHAPITRE XV.
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sentait que son impuissance ; il s’affligeait comme les en-fants et les femmes, qui se désolent par le sentiment deleur faiblesse ; il était mal ; il plaça ses craintes et sesespérances sur la personne de Germanieus ; et cet objet luiétant enlevé, il tomba dans le désespoir.
Il n’y a point de gens qui craignent si fort les malheursque ceux que la misère de leur condition pourrait rassurer,et qui devraient dire avec Andromaque : Plût à Dieu queje craignisse ! Il y a aujourd’hui à Naples cinquante millehommes qui ne vivent que d’herbe, et n’ont pour toutbien que la moitié d’un habit de toile ; ces gens-là, lesplus malheureux de la terre, tombent dans un abattementaffreux à la moindre fumée du Vésuve : ils ont la sottisede craindre de devenir malheureux.
CHAPITRE XV.
Des empereurs depuis Caïus Caligula jusqu’à Antonin.
Caligula succéda à Tibère. On disait de lui qu’il n’yavait jamais eu un meilleur esclave ni un plus méchant maî-tre ; ces deux choses sont assez liées : car la même dispo-sition d’esprit qui fait qu’on a été vivement frappé de lapuissance illimitée de celui qui commande, fait qu’on nel’est pas moins lorsque l’on vient à commander soi-même.
Caligula rétablit les comices 1 , que Tibère avait ôtés, etabolit ce crime arbitraire de lèse-majesté qu’il avait éta-bli ; par où l’on peut juger que le commencement du règnedes mauvais princes est souvent comme la fin de celui desbons ; parce que, par un esprit de contradiction sur la con-duite de ceux à qui ils succèdent, ils peuvent faire ce queles autres font par vertu ; et c’est à cet esprit de eontra-
1 II les ôta dans la suite.
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