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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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102 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,diction que nous devons bien de bons règlements, et biende mauvais aussi.

Qu’ygagna-t-on ? Ca ligu la ôta les accusations, les crimesde lèse-majesté ; mais ii faisait mourir militairement tousceux qui lui déplaisaient; et ce n’était pas à quelques sé-nateurs qu’il en voulait, il tenait le glaive suspendu sur lesénat, qu’il menaçait d’exterminer tout entier.

Cette épouvantable tyrannie des empereurs venait del’esprit général des Romains. Comme ils tombèrent tout àcoup sous un gouvernement arbitraire, et qu’il n’y eutpresque point d’intervalle chez eux entre commander etservir, ils ne furent point préparés à ce passage par desmœurs douces •. l’humeur féroce resta ; les citoyens furenttraités comme ils avaient traité eux-mêmes les ennemisvaincus, et furent gouvernés sur le même plan. Sylla,entrant dans Rome, ne fut pas un autre homme que Syllaentrant dans Athènes : il exerça le même droit des gens.Pour les Etats qui n’ont été soumis qu’insensiblement,lorsque les lois leur manquent, ils sont encore gouvernéspar les mœurs.

La vue continuelle des combats des gladiateurs ren-dait les Romains extrêmement féroces : on remarquaque Claude devint plus porté à répandre le sang, à forcede voir ces sortes de spectacles. L’exemple de cet empe-reur, qui était d’un naturel doux et qui fit tant de cruau-tés , fait bien voir que l’éducation de son temps était dif-férente de la nôtre.

Les Romains, accoutumés à se jouer de la nature hu-maine dans la personne de leurs enfants et de leurs escla-ves 1 , ne pouvaient guère connaître cette vertu que nous

1 Voyez les lois romaines sur la puissance des pères et celle des maî-tres.