108 CRAXDF.UK et décadence des romains,
où il n’y avait pas de butin. Ces distributions n’avaientlieu qu’après une guerre : Néron les fit pendant la paix.Les soldats s’y accoutumèrent; et ils frémirent contreGalba, qui leur disait avec courage qu’il ne savait pas lesacheter, mais qu’il savait les choisir.
Galba, Othon 1 , Vitellius, ne firent que passer. Vespa-sien fut élu, comme eux, par les soldats; il ne songea,dans tout le cours de son règne, qu’à rétablir l’empire, quiavait été successivement occupé par six tyrans égalementcruels, presque tous furieux, souvent imbéciles, et, pourcomble de malheur, prodigues jusqu’à la folie.
Tite, qui lui succéda, fut les délices du peuple romain.Domitien fit voir un nouveau monstre plus cruel, ou dumoins plus implacable que ceux qui l’avaient précédé,parce qu’il était plus timide.
Ses affranchis les plus chers, et, à ce que quelques-unsont dit, sa femme même, voyant qu’il était aussi dangereuxdans ses amitiés que dans ses haines, et qu’il ne mettaitaucunes bornes à ses méfiances ni à ses accusations,s’en défirent. Avant de faire le coup, ils jetèrent les yeuxsur un successeur, et choisirent Nerva, vénérable vieillard.
Nerva adopta Trajan, prince le plus accompli dont l’his-toire ait jamais parlé. Ce fut un bonheur d’être né sousson règne, il n’v en eut point de si heureux ni de si glo-rieux pour le peuple romain. Grand homme d’Etat, grandcapitaine, ayant un cœur bon qui le portait au bien, unesprit éclairé qui lui montrait le meilleur, une âme noble,grande, belle; avec toutes les vertus, n’étant extrême suraucune ; enfin l’homme le plus propre à honorer la naturehumaine, et représenter la divine.
1 Suscepere duo manipulares imperium populi romani transferen-dum, et ira usinier uni. ( Tacite, Histoire, liv. I, ch. xxv.)