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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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I

CHAPITRE XV. 107

les armées d’Illyrie et de Germanie s’étaient soulevées ; illeur accorda quelques demandes, et il soutint que c’étaitau sénat à juger des autres 1 : il leur envoya des députésde ce corps. Ceux qui ont cessé de craindre le pouvoir peu-vent encore respecter l’autorité. Quand on eut représentéaux soldats comment, dans une armée romaine, les en-fants de l’empereur et les envoyés du sénat romain cou-raient risque de la vie 2 , ils purent se repentir, et allerjusqu’à se punir eux-mêmes 3 ; mais quand le sénat futentièrement abattu, son exemple ne toucha personne. Envain Othon harangue-t-il ses soldats pour leur parler dela dignité du sénat 4 ; en vain Vitellius envoie-t-il les prin-cipaux sénateurs pour faire sa paix avec Vespasien 5 : onne rend point dans un moment aux ordres de l’Etat le res-pect qui leur a été ôté si longtemps. Les armées ne regar-dèrent ces députés que comme les plus lâches esclaves d’unmaître qu’elles avaient déjà réprouvé.

C’était une ancienne coutume des Romains, que celuiqui triomphait distribuait quelques deniers à chaque sol-dat : c’était peu de chose 6 . Bans les guerres civiles, onaugmenta ces dons 7 . On les faisait autrefois de l’argent prissur les ennemis : dans ces temps malheureux, on donnacelui des citoyens; et les soldats voulaient un partage là

1 Cœlera senatui servanda. ( Tacite, Annales, Iiv. I, ch. xxv.

2 Voyez la harangue de Gerraanicus. ( Ibid. ch. xlii.)

3 Gaudebat ccedibus miles , quasi semet absolveret. (Ibid. ch. xuv.)— On révoqua dans la suite les privilèges extorqués. ( Ibid. )

4 Tacite, Histoire, liv. I, ch. lxxxiv. 5 Ibid. Iiv. III. cb. lxxx.

6 Voyez dans Tite-Live les sommes distribuées dans divers triomphes.

L’esprit des capitaines était de porter beaucoup d’argent dans le trésorpublic, et d’en donner peu aux soldats.

7 Paul-Emile, dans un temps où la grandeur des conquêtes avait faitaugmenter les libéralités, ne distribua que cent deniers à chaque soldat;mais César en donna deux mille; et son exemple fut suivi par Antoineet Octave, par Brutus et Cassius. Voyez Dion et Appien.