112 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
d’opprimer un peuple armé, qu’un autre qui ne l’est pas.
Commode succéda à Marc-Aurèle son père. C’était unmonstre qui suivait toutes ses passions, et toutes cellesde ses ministres et de ses courtisans. Ceux qui en délivrè-rent le monde mirent eu sa place Pertinax, vénérablevieillard, que les soldats prétoriens massacrèrent d’abord.
Ils mirent l’empire à l’enchère, et Didius Julien l’em-porta par ses promesses : cela souleva tout le monde ; car,quoique l’empire eût été souvent acheté, il n’avait pas en-core été marchandé. Pescennius, Niger, Sévère, et Albin,furent salués empereurs; et Julien, n’ayant pu payer lessommes immenses qu’il avait promises, fut abandonné parses soldats.
Sévère défit Niger et Albin : il avait de grandes qua-lités ; mais la douceur, cette première vertu des princes,lui manquait.
La puissance des empereurs pouvait plus aisément pa-raître tyrannique que celle des princes de nos jours. Commeleur dignité était un assemblage de toutes les magistratu-res romaines; que, dictateurs sous le nom d’empereurs ,tribuns du peuple, proconsuls, censeurs, grands ponti-fes, et, quand ils voulaient, consuls, ils exerçaient sou-vent la justice distributive, ils pouvaient aisément fairesoupçonner que ceux qu’ils avaient condamnés, ils lesavaient opprimés, le peuple jugeant ordinairement de l’a-bus de la puissance par la grandeur de la puissance; aulieu que les rois d’Europe, législateurs, et non pas exé-cuteurs de la loi, princes, et non pas juges, se sont dé-chargés de cettc'partie de l’autorité qui peut être odieuse,et, faisant eux-mêmes les grâces, ont commis à des ma-gistrats particuliers la distribution des peines.
Il n’y a guère eu d’empereurs plus jaloux de leur auto-