CHAPITRE XVI.
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soufferts ; et ce fut un des grands obstacles que trouva lareligiou chrétienne.
On pourrait appeler Caracalla, non pas un tyran, maisle destructeur des hommes. Caligula, Néron et Doinitienbornaient leurs cruautés dans Rome ; celui-ci allait prome-ner sa fureur dans tout l’univers.
Sévère avait employé les exactions d’un long règne, etles proscriptions de ceux qui avaient suivi le parti de sesconcurrents, à amasser des trésors immenses.
Caracalla, ayant commencé son règne par tuer de sapropre main Géta, son frère, employa ses richesses àfaire souffrir son crime aux soldats, qui aimaient Géta, etdisaient qu’ils avaient fait serment aux deux enfants deSévère, et non pas à un seul.
Ces trésors amassés par des princes n’ont presque ja-mais que des effets funestes : ils corrompent le successeur,qui en est ébloui ; et, s’ils ne gâtent pas son cœur, ils gâ-tent son esprit. Il forme d’abord de grandes entreprisesavec une puissance qui est d’accident, qui ne peut pasdurer, qui n’est pas naturelle, et qui est plutôt enflée qu’a-grandie.
Caracalla augmenta la paye des soldats ; Macrin écrivitau sénat que cette augmentation allait à soixante et dixmillions 1 de drachmes 2 . Il y a apparence que ce princeenflait les choses ; et, si l’on compare la dépense de lapaye de nos soldats d’aujourd’hui avec le reste des dé-penses publiques, et qu’on suive la même proportionpour les Romains, on verra que cette somme eût étéénorme.
1 Sept mille myriades. (Dion , in Macrin.')
1 La drachme atlique était le denier romain, la huitième partie del’once, et la soixante-quatrième partie de notre marc.