120 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
les tribuns avaient faites autrefois au peuple ? Et, quoiquelesarmées n’eussent pas un lieu particulier pour s’assembler,qu’elles ue se conduisissent point par de certaines formes,qu’elles ne fussent pas ordinairement de sang-froid, déli-bérant peu et agissant beaucoup, ne disposaient-elles pasen souveraines de la fortune publique ? Et qu’était-ce qu’unempereur, que le ministre d’un gouvernement violent,élu pour l’utilité particulière des soldats ?
Quand l’armée associa à l’empire Philippe 1 , qui étaitpréfet du prétoire du troisième Gordien, celui-ci deman-da qu’on lui laissât le commandement entier, et il ne putl’obtenir ; il haraugua l’arrnée pour que la puissance futégale entre eux, et il ne l’obtint pas non plus ; il suppliaqu’on lui laissât le titre de César, et on le lui refusa ; ildemanda d’être préfet du prétoire, et on rejeta ses prières ;enfin il parla pour sa vie. L’armée, dans ses divers juge-ments , exerçait la magistrature suprême.
Les barbares, au commencement inconnus aux Ro-mains , ensuite seulement incommodes , leur étaient deve-nus redoutables. Par l’événement du monde le plus extra-ordinaire , Rome avait si bien anéanti tous les peuples,que, lorsqu’elle fut vaincue elle-même, il sembla que laterre en eût enfanté de nouveaux pour la détruire.
Les princes des grands États ont ordinairement peu depays voisins qui puissent être l’objet de leur ambition :s’il y en avait eu de tels, ils auraient été enveloppés dansle cours de la conquête. Us sont donc bornés par des mers,des montagnes et de vastes déserts, que leur pauvreté faitmépriser. Aussi les Romains laissèrent-ils les Germainsdans leurs forêts, et les peuples du Nord dans leurs gla-ces ; et il s’y conserva, ou même il s’y forma des nationsqui enfin les asservirent eux-mêmes.
1 Voyez Jules Capitolin.