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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XVI.

II!)

dernier, qui, n’étant occupé que de ses sales voluptés,les laissait vivre à leur fantaisie, ne put plus être souf-fert , ils le massacrèrent. Ils tuèrent de même Alexandre,qui voulait rétablir la discipline, et parlait de les punir '.

Ainsi, un tyran qui ne s’assurait point la vie, mais lepouvoir de faire des crimes, périssait avec ce funeste avan-tage que celui qui voudrait faire mieux périrait après lui.

Après Alexandre, on élut Maximin, qui fut le pre-mier empereur d’une origine barbare. Sa taille gigantesqueet la force de son corps l’avaient fait connaître.

Il futtué avec son fils par ses soldats. Les deux premiersGordiens périrent en Afrique. Maxime, Baîbin, et le troi-sième Gordien, furent massacrés. Philippe, qui avait faittuer le jeune Gordien, fut tué lui-même avec son fils ; etDèce, qui fut élu en sa place, périt à son tour par la tra-hison de Gallus 1 2 .

Ce qu’on appelait l’empire romain dans ce siècle-là étaitune espèce de république irrégulière, telle à peu près quel’aristocratie d’Alger, où la milice, qui a la puissance sou-veraine , fait et défait un magistrat qu’on appelle le dey ;et peut-être est-ce une règle assez générale que le gouver-nement militaire est, à certains égards, plutôt républicainque monarchique.

Et qu’on ne dise pas que les soldats ne prenaient depart au gouvernement que par leur désobéissance et leursrévoltes : les harangues que les empereurs leur faisaient nefurent-elles pas à la fin du genre de celles que les consuls et

1 Voyez Lampridius.

2 Casaubon remarque sur Y Histoire augustale que, dans les centsoixante années qu’elle contient, il y eut soixante et dix personnes quieurent, justement ou injustement, le titre de César: « Adcoerant inillo priucipatu , quem tamen onmes mirantur, comiiia imperii semperincerta . » Ce qui fait bien voir la différence de ce gouvernement àcelui de France, où ce royaume n’a eu en douze cents ans de tempsque soixante-trois rois.