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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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130 GRANDEUR ET DECADENCE DES ROMAINS,

férence des Huns, les Goths n’en cultivaient point 1 ; on lespriva même du blé qu’on leur avait promis : ils mouraientde faim, et ils étaient au milieu d’un pays riche ; ils étaientarmés, et on leur faisait des injustices. Ils ravagèrent toutdepuis le Danube jusqu’au Bosphore, exterminèrent Va-lenset son armée, et ne repassèrent le Danube que pourabandonner l’affreuse solitude qu’ils avaient faite 2 .

CHAPITRE XYIII.

Nouvelles maximes prises parles Romains,

Quelquefois la lâcheté des empereurs, souvent la fai-blesse de l’empire, firent que l’on chercha à apaiser parde l’argent les peuples qui menaçaient d’envahir 3 . Maisla paix ne peut pas s’acheter, parce que celui qui l’a ven-due n’en est que plus en état de la faire acheter encore.

Il vaut mieux courir le risque de faire une guerre mal-heureuse que de donner de l’argent pour avoir la paix ; caron respecte toujours un prince lorsqu’on sait qu’on ne levaincra qu’après une longue résistance.

1 Voyez VHistoire gothique de Priscus, où cette différence est bienétablie.

On demandera peut-être comment des nations qui ne cultivaient pointles terres pouvaient devenir si puissantes, tandis que celles de l’Améri-que sont si petites. C’est que les peuples pasteurs ont une subsistancebien plus assurée que les peuples chasseurs.

11 parait, par Ammien Marcellin , que les Huns, dans leur premièredemeure, ne labouraient point les champs ; ils ne vivaient que de leurstroupeaux dans un pays abondant en pâturages et arrosé par quantitéde fleuves, comme font encore aujourd’hui les petits Tarlares, qui habi-tent une partie du même pays. Il y a apparence que ces peuples, depuisleur départ, ayant habité des lieux moins propres à la nourriture destroupeaux , commencèrent à cultiver les terres.

2 Voyez Zosime, liv. IV ; voyez aussi Dexipe, dans Y Extrait des am-bassades de Constantin Porphyrogénète.

3 On donna d’abord tout aux soldats; ensuite on donna tout aux en-nemis.