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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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132 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

tages : la paye ordinaire, la récompense après le service,et les libéralités d’accident, qui devenaient très-souventdes droits pour des gens qui avaient le peuple et le princeentre leurs mains.

L’impuissance où l’on se trouva de payer ces charges fitque l’on prit une milice moins cbère. On fit des traitésavec des nations barbares qui n’avaient ni le luxe des sol-dats romains, ni le même esprit, ni les mêmes préten-tions.

Il y avait une autre commodité à cela : comme les bar-bares tombaient tout à coup sur un pays, n’y ayant pointchez eux de préparatifs après la résolution de partir, ilétait difficile de faire des levées à temps dans les provin-ces. On prenait donc un autre corps de barbares, toujoursprêt à recevoir de l’argent, à piller et cà se battre. On étaitservi pour le moment ; mais dans la suite on avait autantde peine à réduire les auxiliaires que les ennemis.

Les premiers Romains 1 ne mettaient point dans leursarmées un plus grand nombre de troupes auxiliaires quede romaines ; et, quoique leurs alliés fussent proprementdes sujets, ils ne voulaient point avoir pour sujets despeuples plus belliqueux qu’eux-mêmes.

Mais dans les derniers temps , non-seulement ils n’ob-servèrent pas cette proportion des troupes auxiliaires,mais même ils remplirent de soldats barbares les corps detroupes nationales.

Ainsi, ils établissaient des usages tout contraires à ceuxqui les avaient rendus maîtres de tout ; et comme autre-fois leur politique constante fut de se réserver l’art mili-

1 C’est une observation de Végèce; et il paraît, par Tite-Live, que sile nombre des auxiliaires excéda quelquefois, ce fut de bien peu.