134 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
leur casque : de façon qu’exposés aux coups sans défense,ils ne songèrent plus qu’à fuir
Il ajoute qu’ils avaient perdu la coutume de fortifierleurs camps, et que, par cette négligence, leurs arméesfurent enlevées par la cavalerie des barbares.
La cavalerie fut peu nombreuse chez les premiers Ro-mains : elle ne faisait que la onzième partie de la légion,et très-souvent moins ; et ce qu’il y a d’extraordinaire,ils eu avaient beaucoup moins que nous, qui avons tantde sièges à faire, où la cavalerie est peu utile. Quand lesRomains furent dans la décadence, ils n’eurent presqueplus que de la cavalerie. Il me semble que, plus une na-tion se rend savante dans l’art militaire, plus elle agitpar son infanterie, et que, moins elle le connaît, pluselle multiplie sa cavalerie : c’est que, sans la discipline,l’infanterie pesante ou légère n’est rien ; au lieu que lacavalerie va toujours, dans son désordre même \ L’ac-tion de celle-ci consiste plus dans son impétuosité et uncertain choc; celle de l’autre, dans sa résistance etune certaine immobilité : c’est plutôt une réaction qu’uneaction. Enfin, la force de la cavalerie est momentanée :l’infanterie agit plus longtemps ; mais il faut de la dis-cipline pour qu’elle puisse agir longtemps.
Les Romains parvinrent à commander à tous les peu-ples , non-seulement par l’art de la guerre, mais aussi parleur prudence, leur sagesse, leur constance, leur amourpour la gloire et pour la patrie. Lorsque, sous les empe-reurs, toutes ces vertus s’évanouirent, l’art militaire leurresta, avec lequel, malgré la faiblesse et la tyrannie de
* De Re militari, lii). ï, cap. sx.
1 La cavalerietartare, sans observer aucune de nos maximes militaires,a fait dans tous les temps de grands choses. Voyez les relations, et sur-tout celle de la dernière conquête de la Chine.