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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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136 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

aimaient mieux périr que de faire quelque chose dontMithridate pût tirer avantage ; mais, dans les temps quisuivirent, dès qu’un ministre ou quelque grand crut qu’ilimportait à son avarice, à sa vengeance, à son ambition,de faire entrer les barbares dans l’empire, il le leur donnad’abord à ravager

Il n’y a point d’État où l’on ait plus besoin de tributsque dans ceux qui s’affaiblissent ; de sorte que l’on estobligé d’augmenter les charges à mesure que l’on estmoins en état de les porter : bientôt, dans les provincesromaines, les tributs devinrent intolérables.

Il faut lire, dans Salvien, les horribles exactions quel’on faisait sur les peuples \ Les citoyens, poursuivis parles traitants, n’avaient d’autre ressource que de se réfu-gier chez les barbares, ou de donner leur liberté au pre-mier qui la voulait prendre.

Ceci servira à expliquer, dans notre histoire française,cette patience avec laquelle les Gaulois souffrirent la ré-volution qui devait établir cette différence accablanteentre une nation noble et une nation roturière. Les barba-res , en rendant tant de citoyens esclaves de la glèbe,c’est-à-dire du champ auquel ils étaient attachés, n’in-troduisirent guère rien qui n’eût été plus cruellementexercé avant eux 3 .

1 Cela n’était pas étonnantdans ce mélange avec des nations qui avaientété errantes, qui ne connaissaient point de patrie, et où souvent descorps entiers de troupes se joignaient à l’ennemi qui les avait vaincuscontre leur nation même. Voyez dans Procope ce que c’était que lesGoths sous Vitigès.

2 Voyez tout le livre V de Gubernalione Dei; voyez aussi, dans l’am-bassade écrite par Priscus, le discours d’un Romain établi parmi lesHuds , sur sa félicité dans ce pays-ià.

3 Voyez encore Salvien, Iiv. Y ; et les lois du Code et du Digeste là-dessus.