138 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
« ment les leurs. Pensez que Rome vous parle, et vous« dit : Grands princes, pères de la patrie, respectez mes« années pendant lesquelles j’ai toujours observé les céré-« monies de mes ancêtres : ce culte a soumis l’univers à« mes lois; c’est par làqu’Annibal a été repoussé de mes« murailles, et que les Gaulois l’ont été du Capitole. C’est« pour les dieux de la patrie que nous demandons la paix ;« nous la demandons pour les dieux indigètes. Nous n’en-« trous point dans des disputes qui ne conviennent qu’à« des gens oisifs ; et nous voulons offrir des prières, et non« pas des combats T . »
Trois auteurs célèbres répondirent à Symmaque. Orozecomposa son histoire pour prouver qu’il y avait toujourseu dans le monde d’aussi grands malheurs que ceux dontse plaignaient les païens. Salvien fit son livre, où il sou-tint que c’étaient les dérèglements des chrétiens qui avaientattiré les ravages des barbares 1 2 ; et saint Augustin fit voirque la cité du ciel était différente de cette cité de la terre 3 ,où les anciens Romains, pour quelques vertus humaines,avaient reçu des récompenses aussi vaines que ces vertus.
Nous avons dit que dans les premiers temps la politiquedes Romains fut de diviser toutes les puissances qui leurfaisaient ombrage ; dans la suite, ils n’y purent réussir. 11fallut souffrir qu’Attila soumît toutes les nations du nord :il s’étendit depuis le Danube jusqu’au Rhin, détruisittous les forts et tous les ouvrages qu’on avait faits surces fleuves, et rendit les deux empires tributaires.
«Théodose, disait-il insolemment, est fils d’un père« très-noble, aussi bien que moi ; mais, en me payant le
1 Lettres de Sijmmaque , liv. X, lett. liv.
2 Du Gouvernement de Dieu,
3 De la Cité de Dieu.