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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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144 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

triste le destin de la ville de Rome. Elle était pour ainsidire sans défense; elle pouvait être aisément affamée ; l’é-tendue de ses murailles faisait qu’il était très-diffieile deles garder. Comme elle était située dans une plaine, onpouvait aisément la forcer ; il n’y avait point de ressourcedans le peuple, qui en était extrêmement diminué. Lesempereurs furent obligés de se retirer à Ravenne, villeautrefois défendue par la mer, comme Venise l’est au-jourd’hui.

Le peuple romain, presque toujours abandonné de sessouverains, commença à le devenir, et à faire des traitéspour sa conservation * 1 * 3 : ce qui est le moyen le plus légi-time d’acquérir la souveraine puissance. C’est ainsi quel’Armorique et la Bretagne commencèrent à vivre sousleurs propres lois z .

Telle fut la fin de l’empire d’Occident. Rome s’étaitagrandie parce quelle n’avait eu que des guerres succes-sives, chaque nation, par un bonheur inconcevable, nel’attaquant que quand l’autre avait été ruinée. Rome futdétruite parce que toutes les nations l’attaquèrent à la fois,et pénétrèrent partout.

CHAPITRE XX.

Des conquêtes de Justinien. — De son gouvernement.

Comme tous ces peuples entraient pêle-mêle dans l’em-pi/e, ils s’incommodaient réciproquement; et toute la po-litique de ces temps-là fut de les armer les uns contre lesautres : ce qui était aisé, à cause de leur férocité et de leur

1 Du temps d’Honorius, Alaric, qui assiégeait Rome, obligea cetteville à prendre son alliance même contre l’empereur, qui ne put s’y op-

poser. (Procope, Guerre des Golhs, liv. I.) Voyez Zosime, liv. VI.

3 Zosime, liv. VI.