148 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,un État, si l’expédition est longue ou que quelque mal-heur leur arrive, elles ne peuvent être secourues ni répa-rées ; si une partie se perd, ce qui reste n’est rien, parceque les vaisseaux de guerre, ceux de transport, la cava-lerie , l’infanterie, les munitions, enfin les diverses parties,dépendent du tout ensemble. La lenteur de l’entreprisefait qu’on trouve toujours des ennemis préparés ; outrequ’il est rare que l’expédition se fasse jamais dans unesaison commode, on tombe dans le temps des orages :tant de choses n’étant presque jamais prêtes que quelquesmois plus tard qu’on ne se l’était promis.
Bélisaire envahit l’Afrique; et ce qui lui servit beau-coup , c’est qu’il tira de Sicile une grande quantité de pro-visions, en conséquence d’un traité fait avec Amalasonte,reine des Goths. Lorsqu’il fut envoyé pour attaquer l’I-talie, voyant que les Goths tiraient leur subsistance de laSicile, il commença par la conquérir ; il affama ses enne-mis , et se trouva dans l’abondance de toutes choses.
Bélisaire prit Carthage, Borne et Bavenne, et envoyales rois des Goths et les Vandales captifs à Constantino-ple, où l’on vit, après tant de temps, les anciens triom-phes renouvelés'.
On peut trouver dans les qualités de ce grand homme 2les principales causes de ses succès. Avec un général quiavait toutes les maximes des premiers Bomains, il seforma une armée telle que les anciennes armées romaines.
Les grandes vertus se cachent ou se perdent ordinaire-ment dans la servitude ; mais le gouvernement tyranni-que de Justinien ne put opprimer la grandeur de cetteâme, ni la supériorité de ce génie.
1 Justinien ne lui accorda que le triomphe de l’Afrique.
2 Voyez Suidas, à l’article Bélisaire.