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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XX.

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L’eunuque Narsès fut encore donné à ce règne pour lerendre illustre. Élevé dans le palais, il avait plus la con-fiance de l’empereur ; car les princes regardent toujoursleurs courtisans comme leurs plus fidèles sujets.

Mais la mauvaise conduite de Justinien, ses profusions,ses vexations, ses rapines, sa fureur de bâtir, dechanger,de réformer, son inconstance dans ses desseins, un règnedur et faible, devenu plus incommode par une longuevieillesse, furent des malheurs réels mêlés à des succèsinutiles et une gloire vaine.

Ces conquêtes, qui avaient pour cause non la force del’empire, mais de certaines circonstances particulières,perdirent tout : pendant qu’on y occupait les armées, denouveaux peuples passèrent le Danube, désolèrent l’U-lyrie, la Macédoine et la Grèce ; et les Perses, dans qua-tre invasions, firent à l’Orient des plaies incurables r .

Plus ces conquêtes furent rapides, moins elles eurent unétablissement solide : l’Italie et l’Afrique furent à peineconquises, qu’il fallut les reconquérir.

Justinien avait pris sur le théâtre une femme qui s’yétait longtemps prostituée 2 : elle le gouverna avec unempire qui n’a point d’exemple dans les histoires ; et met-tant sans cesse dans les affaires les passions et les fantai-sies de son sexe, elle corrompit les victoires et les succèsles plus heureux.

En Orient, on a de tout temps multiplié l’usage desfemmes, pour leur ôter l’ascendant prodigieux qu’elles ontsur nous dans ces climats ; mais à Constantinople la loid’une seule femme donna à ce sexe l’empire : ce qui mitquelquefois de la faiblesse dans le gouvernement.

1 Les deux empires se ravagèrent d’autant plus qu’on n’espérait pasconserver ce qu’on avait conquis.

2 L’impératrice Théodora.

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