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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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158 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,plus difficiles à mener que chez les anciens. On ne peutguère les cacher, parce que la communication est telle au-jourd’hui entre les nations que chaque prince a des minis-tres dans toutes les cours, et peut avoir des traîtres danstous les cabinets.

L’invention des postes fait que les nouvelles volent etarrivent de toutes parts.

Comme les grandes entreprises ne peuvent se faire sansargent, et que depuis l’invention des lettres de change lesnégociants en sont les maîtres, leurs affaires sont très-sou-vent liées avec les secrets de l’État ; et ils ne négligent rienpour les pénétrer.

Des variations dans le change, sans une cause connue,font que bien des gens la cherchent, et la trouvent à la fin.

L’invention de l’imprimerie, qui a mis les livres dansles mains de tout le monde; celle de la gravure, qui arendu les cartes géographiques si communes ; enfin l’éta-blissement des papiers politiques, font assez connaître àchacun les intérêts généraux pour pouvoir plus aisémentêtre éclairci sur les faits secrets.

Les conspirations dans l’État sont devenues difficiles,parce que, depuis l’invention des postes, tous les secretsparticuliers sont dans le pouvoir du public.

Les princes peuvent agir avec promptitude, parce qu’ilsont les forces de l’État dans leurs mains : les conspirateurssont obligés d’agir lentement, parce que tout leur manque;mais, à présent que tout s’éclaircit avec plus de facilitéet de promptitude, pour peu que ceux-ci perdentdetempsà s’arranger, ils sont découverts.