160 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
hommes de trait qu’il y eût au monde ; Alexandre Sévèreet Maximin en avaient engagé à leur service autant qu’ilsavaient pu, et s’en étaient servis avec un grand succèscontre les Germains, qu’ils désolaient de loin; sousValens, les Goths ne pouvaient leur résister’; enfinils étaient dans ces temps-là la meilleure cavalerie dumonde.
Nous avonsdit que, chez les Romains, les légions d’Eu-rope valaient mieux que celles d’Asie; c’était tout le con-traire pour la cavalerie : je parle de celle des Parthes, desOsroéniens et des Sarrasins ; et c’est ce qui arrêta les con-quêtes des Piomains, parce que , depuis Antiochus, unnouveau peuple tartare, dont la cavalerie était la meilleuredu monde, s’empara de la haute Asie.
Cette cavalerie était pesante 2 , et celle d’Europe étaitlégère : c’est aujourd’hui tout le contraire. La Hollande etla Frise n’étaient point pour ainsi dire encore faites 3 , etl’Allemagne était pleine de hois, de lacs et de marais, oùla cavalerie servait peu.
Depuis qu’on a donné un cours aux grands fleuves,ces marais se sont dissipés, et l’Allemagne a changé deface. Les ouvrages de Valentinien surle Necker et ceux desRomains sur le Rhin 4 ont fait bien des changements 5 ; et,le commerce s’étant établi, des pays qui ne produisaientpoint de chevaux en ont donné, et on en a fait usage 6 .]
1 Zosime, liv. IV.
2 Voyez ce que dit Zosime, liv. I, sur la cavalerie d’Aurélien et cellede Palmyre ; voyez aussi Ammien Marcellin, sur la cavalerie des Perses.
3 C’étaient, pour la plupart, des terres submergées, que l’art a renduespropres à être la demeure des hommes.
4 Voyez Ammien Marcellin, liv. XXVII.
5 Le climat n’y est plus aussi froid que le disaient les anciens.
6 César dit que les chevaux des Germains étaient vilains et petits. ( Guerredes Gaules , liv. IV, ch. h.) Et Tacite, des Mœurs des Germains, dit :Germania pecorum fœcunda , sed pleraque improcera.