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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XXII.

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Constantin, fils d’Héraclius, ayant été empoisonné, etson fils Constantin tué en Sicile, Constantin le Barbu,son fils aîné, lui succéda 1 . Les grands des provincesd’Orient s’étant assemblés, ils voulurent couronner sesdeux autres frères, soutenant que, comme il faut croireen la Trinité , aussi était-il raisonnable d’avoir trois em-pereurs.

L’histoire grecque est pleine de traits pareils; et le pe-tit esprit étant parvenu à faire le caractère de la nation, il11’y eut plus de sagesse dans les entreprises, et l’on vitdes troubles sans cause et des révolutions sans motifs.

Une bigoterie universelle abattit les courages et engour-dit tout l’empire. Constantinople est, à proprement par-ler , le seul pays d’Orient où la religion chrétienne ait étédominante. Or, cette lâcheté, cette paresse, cette mollessedes nations d’Asie, se mêlèrent dans la dévotion même.Entre mille exemples, je ne veux que Philippicus, généralde Maurice, qui, étant près de donner une bataille, semit à pleurer, dans la considération du grand nombre degens qui allaient être tués \

Ce sont bien d’autres larmes, celles de ces Arabes quipleurèrent de douleur de ce que leur général avait fait unetrêve qui les empêchait de répandre le sang des chrétiens 3 .

C’est que la différence est totale entre une armée fana-tique et une armée bigote. On le vit dans nos temps mo-dernes , dans une révolution fameuse, lorsque l’armée deCromwell était comme celle des Arabes, et les arméesd’Irlande et d’Écosse comme celles des Grecs.

Une superstition grossière, qui abaisse l’esprit autant

1 Zoxàras, Fie de Constantin le Barbu.

2 Théophilaote, liv. Il, cliap. ni; Histoire de l'empereur Maurice.

3 Histoire de la conquête de la Syrie, de la Perse et de V Égypte parles Sarrasins, par M. Ockley.

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