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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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166 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

crédit à la cour, toujours d’autant plus faible qu’elle étaitplus corrompue, il arrivait que les moines et la cour secorrompaient réciproquement, et que le mal était dans tousles deux : d’où il suivait que toute l’attention des empereursétait occupée quelquefois à calmer, souvent à irriter desdisputes théologiques qu’on atoujours remarquées devenirfrivoles à mesure qu’elles sont plus vives.

Michel Paléologue, dont le règne fut tant agité par desdisputes sur la religion, voyant les affreux ravages desTurcs dans l’Asie, disait en soupirant que le zèle témé-raire de certaines personnes qui, en décriant sa conduite,avaient soulevé ses sujets contre lui, l’avait obligé d’appli-quer tous ses soins à sa propre conservation, et de négli-ger la ruine des provinces. « Je me suis contenté, disait-il,« de pourvoir à ces parties éloignées par le ministère des« gouverneurs, qui m’en ont dissimulé les besoins, soit« qu’ils fussent gagnés par argent, soit qu’ils appréhen-« dassent d'être punis \ »

Les patriarches de Constantinople avaient un pouvoirimmense. Comme dans les tumultes populaires les empe-reurs et les grands de l’État se retiraient dans les églises,que le patriarche était maître de les livrer ou non, etexerçait ce droit à sa fantaisie, il se trouvait toujours,quoique indirectement, arbitre de toutes les affaires pu-bliques.

Lorsque le vieux Andronic 2 fit dire au patriarche qu’ilse mêlât des affaires de l’Église, et le laissât gouvernercelles de l’empire : « C’est, lui répondit le patriarche,

« comme si le corps disait à l’âme : Je ne prétends avoir

1 Paohymèke, liv. VI, chap. xxix. On a employé la traduction deM.le président Cousin.

2 Paléologue. Voyez ['Histoire des deux Andronic, écrite parCanta-cuzène, liv. I, chap. 4,