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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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168 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

Ceux qui liront l’histoire de Pachymère connaîtrontbien l’impuissance où étaient et où seront toujours lesthéologiens, par eux-mêmes, d’accommoder jamais leursdifférends. On y voit un empereur 1 qui passe sa vie a lesassembler, à les écouter, à les rapprocher ; on voit de l’autreune hydre de disputes qui renaissent sans cesse ; et l’onsent qu’avec la même méthode, la même patience, les mê-mes espérances, la même envie de finir, la même simplicitépour leurs intrigues, le même respect pour leurs haines,ils ne se seraient jamais accommodés jusqu’à la fin dumonde.

En voici un exemple bien remarquable. A la sollicita-tion de l’empereur, les partisans du patriarche Arsène fi-rent une convention avec ceux qui suivaient le patriarcheJoseph, qui portait que les deux partis écriraient leursprétentions chacun sur un papier ; qu’on jetterait les deuxpapiers dans un brasier; que, si l’un des deux demeuraitentier, le jugement de Dieu serait suivi ; et que, si tousles deux étaient consumés, ils renonceraient à leurs diffé-rends. Le feu dévora les deux papiers : les deux partis seréunirent, la paix dura un jour ; mais le lendemain ilsdirent que leur changement aurait dû dépendre d’une per-suasion intérieure et non pas du hasard ; et la guerre re-commença plus vive que jamais 2 .

On doit donner une grande attention aux disputes desthéologiens ; mais il faut la cacher autant qu’il est possible :la peine qu’on paraît prendre à les calmer les accréditanttoujours, en faisant voir que leur manière de penser estsi importante, qu’elle décide du repos de l’État et de lasûreté du prince.

On ne peut pas plus finir leurs affaires en écoutant leurs

1 Andronic Paléologue. 2 Pacuïmêre, liv. I.