DIALOGUE DE SYLLA ET D’EUCRATE. 195
« veux-tu ne commander qu’à des murailles? » Pour lorsvous publiâtes ces tables qui décidèrent de la vie et de lamort de chaque citoyen.
« — Et c’est tout le sang que j’ai versé qui m’a mis enétat de faire la plus grande de toutes mes actions. Si j’a-vais gouverné les Romains avec douceur, quelle merveilleque l’ennui, que le dégoût, qu’un caprice, m’eussent faitquitter le gouvernement? mais je me suis démis de la dic-tature dans le temps qu’il n’y avait pas un seul hommedans l’univers qui ne crût que la dictature était mon seulasile. J’ai paru devant les Romains citoyen au milieu demes concitoyens, et j’ai osé leur dire : « Je suis prêt à ren-« dre compte de tout le sang que j’ai versé pour la républi-« que ; je répondrai à tous ceux qui viendront me deman-» der leur père, leur fils, ou leur frère. » Tous les Romainsse sont tus devant moi.
« — Cette belle action dont vous meparlezmeparaîtbienimprudente. Il est vrai que vous avez eu pour vous le nou-vel étonnement dans lequel vous avez mis les Romains :mais comment osâtes-vous leur parler de vous justifier, etde prendre pour juges des gens qui vous devaient tant devengeances?
« Quand toutes vos actions n’auraient été que sévèrespendant que vous étiez le maître, elles devenaient descrimes affreux dès que vous ne l’étiez plus.
« — Vous appelez des crimes, me dit-il, ce qui a faitle salut de la république. Vouliez-vous que je visse tran-quillement des sénateurs trahir le sénat pour ce peuplequi, s’imaginant que la liberté doit être aussi extrêmeque le peut être l’esclavage, cherchait à abolir la magis-trature même ?
« Le peuple, gêné par les lois et par la gravité du sénat,