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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

d’amour queje reçus de toi! Si elles avaient bien vu mes trans-ports , elles auraient senti la différence qu’il y a de monamour au leur ; elles auraient vu que , si elles pouvaient dis-puter avec moi de charmes, elles ne pouvaient pas disputer desensibilité... Mais où suis-je? Où m’emmène ce vain récit?C’est un malheur de n’être point aimée ; mais c’est un affrontde ne l’être plus. Tu nous quittes, Usbek, pour aller errer dansdes climats barbares. Quoi ! tu comptes pour rien l’avantaged’être aimé ! Hélas ! tu ne sais pas même ce que tu perds !Je pousse des soupirs qui ne sont point entendus ; mes larmescoulent, et tu n’en jouis pas! il semble que l’amour respiredans le sérail, et ton insensibilité t’en éloigne sans cesse ! Ah !mon cher Usbek, si tu savais être heureux !

Du sérail de Fatmé, le 2! de la lune de Mahavram, 171 1 .

IV. ZÉPHIS A USBEK.

A Erzeron.

Enfin ce monstre noir a résolu de me désespérer. 11 veutà toute force m’ôter mon esclave Zélide, Zélide qui me sertavec tant d’affection, et dont les adroites mains portent partoutles ornements et les grâces. Une lui suffit pas que cette sépa-ration soit douloureuse , il veut encore qu’elle soit déshono-rante. Le traître veut regarder comme criminels les motifs dema confiance; et parce qu’il s’ennuie derrière la porte, où jele renvoie toujours, il ose supposer qu’il a entendu ou vu deschoses que je ne sais pas même imaginer *. Je suis bienmalheureuse ! ma retraite ni ma vertu ne sauraient me mettreà l’abri de ses soupçons extravagants : un vil esclave vientm’attaquer jusque dans ton cœur, et il faut que je m’y dé-fende! Non, j’ai trop de respect pour moi-même pour des-

1 Ces plaintes laissent entrevoir que Zéplvis tâche de se dédommageravec Zélide des plaisirs dont elle est privée par l'absence d’Usbek : c’estainsi que les vices de l’organisation sociale corrompent toujours les in-dividus. (P.)