LETT1ÎES PEKSAiNliS.
291
XXXIV. USBEK A IBBEN.
A Smyrne.
Les femmes de Perse sont plus belles que celles de France ;mais celles de France sont plus jolies. Il est difficile de nepoint aimer les premières, et de ne se point plaire avec lessecondes : les unes sont plus tendres et plus modestes, lesautres sont plus gaies et plus enjouées.
Ce qui rend le sang si beau en Perse, c’est la vie régléeque les femmes y mènent : elles ne jouent ni ne veillent,elles ne boivent point de vin, et ne s’exposent presque ja-mais à l’air. Il faut avouer que le sérail est plutôt fait pourla santé que pour les plaisirs : c’est une vie unie, qui nepique point ; tout s’y ressent de la subordination et du devoir;les plaisirs mêmes y sont graves, et les joies sévères, et onne les goûte presque jamais que comme des marques d’auto-rité et de dépendance.
Les hommes mêmes n’ont pas en Perse la même gaietéque les Français : on ne leur voit point cette liberté d’esprit etcet air content que je trouve ici dans tous les états et danstoutes les conditions.
C’est bien pis en Turquie, où l’on pourrait trouver desfamilles où, de père en fils, personne n’a ri depuis la fonda-tion de la monarchie.
Cette gravité des Asiatiques vient du peu de commercequ’il y a entre eux : ils ne se voient que lorsqu’ils y sont for-cés par la cérémonie. L’amitié, ce doux engagement du cœur,qui fait ici la douceur de la vie, leur est presque inconnue;ils se retirent dans leurs maisons, où ils trouvent toujoursune compagnie qui les attend ; de manière que chaque fa-mille est, pour ainsi dire, isolée des autres.
Un jour que je m’entretenais là-dessus avec un homme dece pays-ci, il me dit : Ce qui me choque le plus de vos mœurs,c’est que vous êtes obligés de. vivre avec des esclaves dont lecœur et l’esprit se sentent toujours de la bassesse de leurcon-