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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

dition. Ces gens lâches affaiblissent en vous les sentimentsde la vertu que l’on tient de la nature, et ils les ruinent depuisl’enfance qu’ils vous obsèdent.

Car, enfin, défaites-vous des préjugés : que peut-on attendrede l’éducation qu’on reçoit d’un misérable qui fait consisterson honneur à garder les femmes d’un autre, et s’enorgueillitdu plus vil emploi qui soit parmi les humains; qui est mé-prisable par sa fidélité même, qui est la seule de ses vertus,parce qu’il y est porté par envie, par jalousie et par désespoir;qui, brûlant de se venger des deux sexes dont il est le rebut,consent à être tyrannisé parle plus fort, pourvu qu’il puissedésoler le plus faible ; qui, tirant de son imperfection, de salaideur et de sa difformité, tout l’éclat de sa condition, n’estestimé que parce qu’il est indigne de l’être ; qui enfin, rivé pourjamais à la porte où il est attaché, plus dur que les gonds et lesverrous qui la tiennent, se vante de cinquante ans de viedans ce poste indigne, où, chargé de la jalousie de son maître,il a exercé toute sa bassesse ?

A Paris, le 14 tîe la lune de Zihagé, 1713 .

XXXV. USBEK A GEMCHTD, SON COUSIN,

DERV1S DU BRILLANT MONASTÈRE DE TALUIS.

Que penses-tu des chrétiens, sublime dervis? Crois-tuqu’au jour du jugement ils seront comme les infidèles Turcs,qui serviront d’ânes aux Juifs, et seront menés par eux augrand trot en enfer ? Je sais bien qu’ils n’iront point dans leséjour des prophètes, et que le grand Hali n’est point venupour eux. Mais, parce qu’ils n’ont pas été assez heureux pourtrouver des mosquées dans leur pays, crois-tu. qu’ils soientcondamnés à des châtiments éternels, et que Dieu les punissepour n’avoir pas pratiqué une religion qu’il ne leur a pasfait connaître? Je puis te le dire : J’ai souvent examiné ceschrétiens ; je les ai interrogés pour voir s’ils avaient quelque