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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

douceur que nous, et par conséquent plus d’humanité et deraison. Ces avantages, qui devaient sans doute leur donnerla supériorité si nous avions été raisonnables, la leur ont faitperdre, parce que nous ne le sommes point.

Or, s’il est vrai que nous n’avons sur les femmes qu’unpouvoir tyrannique, il ne l’est pas moins qu’elles ont sur nousun empire naturel, celui de la beauté, à qui rien ne résiste.Le nôtre n’est pas de tous les pays ; mais celui de la beautéest universel. Pourquoi aurions-nous donc un privilège? Est-ce parce que nous sommes les plus forts ? Mais c’est unevéritable injustice. Nous employons toutes sortes de moyenspour leur abattre le courage. Les forces seraient égales, sil’éducation l’était aussi. Éprouvons-Ies dans les talents quel’éducation n’a point affaiblis, et nous verrons si nous sommessi forts.

Il faut l’avouer, quoique cela choque nos mœurs : chez lespeuples les plus polis les femmes ont toujours eu de l’autoritésur leurs maris ; elle fut établie par une loi chez les Égyptiensen l’honneur d’Isis, et chez les Babyloniens en l’honneur deSémiramis. On disait des Romains qu’ils commandaient àtoutes les nations, mais qu’ils obéissaient à leurs femmes.Je ne parle point des Sauromates, qui étaient véritablementdans la servitude de ce sexe ; ils étaient trop barbares pourque leur exemple puisse être cité.

Tu verras, mon cher Ibben, que j’ai pris le goût de cepays-ci, où l’on aime à soutenir des opinions extraordinaireset à réduire tout en paradoxe. Le prophète a décidé la ques-tion, et a réglé les droits de l’un et del’autre sexe. Les femmes,dit-il, doivent honorer leurs maris : leurs maris les doiventhonorer; mais ils ont l’avantage d’un degré sur elles.

A Paris, le 26 de la lune de Nemmadi 2, 1713.