LETTRES PERSANES.
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Acquittez-vous de votre devoir comme si vous m’aviez toujoursdevant les yeux ; car sachez que plus mes bontés sont grandes,plus vous serez puni si vous en abusez.
De Paris, le 25 de la lune de Rhégeb, 1713.
XLIV. USBEK A RHÉDI.
A Venise.
II.y a en France trois sortes d’états : l’Église, l’épée et larobe. Chacun a un mépris souverain pour les deux autres : tel,par exemple, que l’on devrait mépriser parce qu’il est un sot,ne l’est souvent que parce qu’il est homme de robe.
Il n’y a pas jusqu’aux plus vils artisans qui ne disputent surl’excellence de l’art qu’ils ont choisi ; chacun s’élève au-dessusde celui qui est d’une profession différente, à proportion del'idée qu’il s’est faite de la supériorité de la sienne.
Les hommes ressemblent tous, plus ou moins , à cette fem-me de la province d’Érivanqui, ayant reçu quelque grâce d’unde nos monarques , lui souhaita mille fois, dans les bénédic-tions qu’elle lui donna, que le ciel le fit gouverneur d’Érivan.
J’ai lu, dans une relation, qu’un vaisseau français ayantrelâché à la côte de Guinée, quelques hommes de l’équipagevoulurent aller à terre acheter quelques moutons. On les menaau roi, qui rendait la justice à ses sujets sous un arbre. Il étaitsur son trône, c’est-à-dire sur un morceau de bois, aussi fierque s’il eût été assis sur celui du grand Mogol ; il avait troisou quatre gardes avec des piques de bois ; un parasol en formede dais le couvrait de l’ardeur du soleil ; tous ses ornementset ceux de la reine sa femme consistaient en leur peau noire etquelques bagues. Ce prince, plus vain encore que misérable,demanda à ces étrangers si l’on parlait beaucoup de lui enFrance. Il croyait que son nom devait être porté d’un pôle àl’autre ; et, à la différence de ce conquérant de qui on a ditqu’il avait fait taire toute la terre, il croyait, lui, qu’il devaitfaire parler tout l’univers.