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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

core pour écrire toutes les insultes que ton premier eunuquenoir, le plus méchant de tous les hommes, m’a faites depuiston départ.

Sous prétexte de quelques railleries qu’il prétend que j’aifaites sur le malheur de sa condition, il exerce sur ma tête unevengeance inépuisable ; il a animé contre moi le cruel intendantde tes jardins, qui depuis ton départ m’oblige à des travauxinsurmontables, dans lesquels j’ai pensé mille fois laisser lavie sans perdre un moment l’ardeur de te servir. Combien defois ai-je dit en moi-même : J’ai un maître rempli de douceur,et je suis le plus malheureux esclave qui soit sur la terre !

Je te l’avoue, magnifique seigneur, je ne me croyais pasdestiné à de plus grandes misères : mais ce traître d’eunuquea voulu mettre le comble à sa méchanceté. Il y a quelquesjours que, de son autorité privée, il me destina à la garde detes femmes sacrées, c’est-à-dire à une exécution qui seraitpour moi mille fois plus cruelle que la mort. Ceux qui en nais-sant ont eu le malheur de recevoir de leurs cruels parents untraitement pareil, se consolent peut-être sur ce qu’ils n’ontjamais connu d’autre état que le leur; mais qu’on me fassedescendre de l’humanité et qu’on m’en prive, je mourrais dedouleur si je ne mourais pas de cette barbarie.

J’embrasse tes pieds , sublime seigneur, dans une humilitéprofonde. Fais en sorte que je sente les effets de cette vertusi respectée, et qu’il ne soit pas dit que par ton ordre il y aitsur la terre un malheureux de plus.

Des jardins deFatmé, le 7 de la lune deMaharram, 1713.

XL1II. USBEK A PHARAN.

Aux jardins de Fatmé

Recevez la joie dans votre cœur, et reconnaissez ces sacréscaractères; faites-les baiser au grand eunuque et à l’intendantde mes jardins. Je leur défends de mettre la main sur vousjusqu’à mon retour ; dites-leur d’acheter l'eunuque qui manque.