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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

Mais quoique ces invincibles ennemis du travail fassentparade d’une tranquillité philosophique, ils ne l’ont pourtantpas dans le cœur ; car ils sont toujours amoureux. Ils sontles premiers hommes du monde pour mourir de langueursous la fenêtre de leurs maîtresses ; et tout Espagnol qui n’estpas enrhumé ne saurait passer pour galant.

Ils sont premièrement dévots, et secondement jaloux. Ilsse garderont bien d’exposer leurs femmes aux entreprises d’unsoldat criblé de coups, ou d’un magistrat décrépit; mais ilsles enfermeront avec un novice fervent qui baisse les yeux,ou un robuste franciscain qui les élève.

Ils connaissent mieux que les autres le faible des femmes ;ils ne veulent pas qu’on leur voie le talon, et qu’on les sur-prenne par le bout des pieds : ils savent que l’imagination vatoujours, que rien ne l’amuse en chemin; elle arrive, et làon était quelquefois averti d’avance.

On dit partout que les rigueurs de l’amour sont cruelles ;elles le sont encore plus pour les Espagnols. Les femmes lesguérissent de leurs peines ; mais elles ne font que leur enfaire changer, et il leur reste souvent un long et fâcheux sou-venir d’une passion éteinte.

Ils ont de petites politesses qui en France paraîtraient malplacées : par exemple , un capitaine ne bat jamais son soldatsans lui en demander permission; et l’inquisition ne fait ja-mais brûler un Juif sans lui faire ses excuses.

Les Espagnols qu’on ne brûle pas paraissent si attachés àl’inquisition, qu’il y aurait de la mauvaise humeur de la leurôter. Je voudrais seulement qu’on en établît une autre ; nonpas contre les hérétiques, mais contre les hérésiarques quiattribuent à de petites pratiques monacales la même efficacitéqu’aux sept sacrements, qui adorent tout ce qu’ils vénèrent,et qui sont si dévots qu’ils sont à peine chrétiens.

Vous pourrez trouver de l’esprit et du bon sens chez lesEspagnols .; mais n’en cherchez point dans leurs livres. Voyezune de leurs bibliothèques, les romans d’un côté, et les sco-