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LETTRES PERSANES.
le-hasard a mis à la tête des autres, et qui n’ont presque con-sulté que leurs préjugés et leurs fantaisies.
Il semble qu’ils aient méconnu la grandeur et la dignitémême de leur ouvrage : ils se sont amusés à faire des institu-tions puériles, avec lesquelles ils se sont à la vérité confor-més aux petits esprits, mais décrédités auprès des gens de bonsens.
Ils se sont jetés dans des détails inutiles ; ils ont donnédans les cas particuliers : ce qui marque un génie étroit quine voit les choses que par parties, et n’embrasse rien d’unevue générale.
Quelques-uns ont affecté de se servir d’une autre langueque la vulgaire ; chose absurde pour un faiseur de lois : com-ment peut-on les observer, si elles ne sont pas connues ?
Ils ont souvent aboli sans nécessité celles qu’ils ont trou-vées établies, c’est-à-dire qu’ils ont jeté les peuples dans lesdésordres inséparables des changements.
Il est vrai que, par une bizarrerie qui vient plutôt de la na-ture que de l’esprit des hommes, il est quelquefois nécessairede changer certaines lois. Mais le cas est rare; et lorsqu’ilarrive, il n’y faut toucher que d’une main tremblante : on ydoit observer tant de solennité, et apporter tant de précau-tions , que le peuple en conclue naturellement que les loissont bien saintes, puisqu’il faut tant de formalités pour lesabroger.
Souvent ils les ont faites trop subtiles, et ont suivi des idéeslogiciennes plutôt que l’équité naturelle. Dans la suite ellesont été trouvées trop dures, et, par un esprit d’équité, on acru devoir s’en écarter ; mais ce remède était un nouveau mal.Quelles que soient les lois, il faut toujours les suivre, et lesregarder comme la conscience publique, à laquelle celle desparticuliers doit se conformer toujours.
Il faut pourtant avouer que quelques-uns d’entre eux onteu une attention qui marque beaucoup de sagesse ; c’est qu’ilsont donné aux pères une grande autorité sur leurs enfants :