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LETTRES PERSANES.
ment, qui travaille sans cesse, et court risque d’accourcir sesjours pour amasser, dit-il, de quoi vivre.
Le même esprit gagne la nation ; on n’y voit que travail etqu’industrie. Où est donc ce peuple efféminé dont tu parlestant ?
Je suppose, Rhédi, qu’on ne souffrît dans un royaume queles arts absolument nécessaires à la culture des terres, qui sontpourtant en grand nombre, et qu’on en bannît tous ceux qui neservent qu’-à la volupté ou à la fantaisie, je le soutiens, cetÉtat serait le plus misérable qu’il y eût au monde.
Quand les habitants auraient assez de courage pour se pas-ser de tant de choses qu’ils doivent à leurs besoins, lepeuple dépérirait tous les jours ; et l’État deviendrait si fai-ble , qu’il n’y aurait si petite puissance qui ne fut en état dele conquérir.
Je pourrais entrer ici dans un long détail, et te faire voirque les revenus des particuliers cesseraient presque absolu-ment, et par conséquent ceux du prince. Il n’y aurait presqueplus de relation de facultés entre les citoyens ; cette circula-tion de richesses et cette progression de revenus, qui vient dela dépendance où sont les arts les uns des autres, cesseraientabsolument; chacun ne tirerait de revenu que de sa terre, etn’en tirerait précisément que ce qu’il lui faut pour ne pasmourir de faim. Mais , comme ce n’est pas la centième par-tie du revenu d’un royaume, il faudrait que le nombre deshabitants diminuât à proportion, et qu'il n’en restât que lacentième partie.
Fais bien attention jusqu’où vont les revenus de l’industrie.Un fonds ne produit annuellement à son maître que la ving-tième partie de sa valeur ; mais, avec une pistole de couleur,un peintre fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. On enpeut dire de même des orfèvres, des ouvriers en laine, ensoie, et de toutes sortes d’artisans.
De tout ceci il faut conclure, Rhédi, que pour qu’un princesoit puissant, il faut que ses sujets vivent dans les délices;