LETTRES PERSANES.
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il faut qu’il travaille à leur procurer toutes sortes de superfluitésavec autant d’attention que les nécessités de la vie.
A Paris, le 14 (le la lune de Chalval, 1717.
CVUI. RICA A IBBEN.
A Smyrne.
J’ai vu le jeune monarque. Sa vie est bien précieuse à sessujets ; elle ne l’est pas moins à toute l’Europe, par les grandstroubles que sa mort pourrait produire. Mais les rois sontcomme les dieux; et, pendant qu’ils vivent, on doit lescroire immortels. Sa physionomie est majestueuse, mais char-mante : une belle éducation semble concourir avec un heu-reux naturel, et promet déjà un grand prince.
On dit que l’on ne peut jamais connaître le caractère desrois d’Occident jusqu’à ce qu’ils aient passé par les deuxgrandes épreuves de leur maîtresse et de leur confesseur. Onverra bientôt l’un et l’autre travailler à se saisir de l’esprit decelui-ci ; et il se livrera pour cela de grands combats. Car, sousun jeune prince, ces deux puissances sont toujours rivales ;mais elles se concilient et se réunissent sous un vieux. Sousun jeune prince, le dervis a un rôle bien difficile à soute-nir : la force du roi fait sa faiblesse ; mais l’autre triompheégalement de sa faiblesse et de sa force.
Lorsque j’arrivai en France, je trouvai le feu roi absolu-ment gouverné par les femmes ; et cependant, dans l’âge oùil était, je 'crois que c’était le monarque de la terre qui enavait le moins de besoin. J’entendis un jour une femme quidisait : Il faut que l’on fasse quelque chose pour ce jeune co-lonel, sa valeur m’est connue; j’en parlerai au ministre. Uneautre disait : Il est surprenant que ce jeune abbé ait été ou-blié ; il faut qu’il soit évêque : il est homme de naissance, etje pourrais répondre de ses mœurs. Il ne faut pas pourtantque tu t’imagines que celles qui tenaient ces discours fussentdes favorites du prince ; elles ne lui avaient peut-être pas parlé