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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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4ÎS

LETTRES PERSANES.

que des campagnes inhabitées ; et la France n’est rien en com-paraison de cette ancienne Gaule dont parle César.

Les pays du Nord sont fort dégarnis; et il s’en faut bienque les peuples y soient, comme autrefois, obligés de se par-tager, et d’envoyer dehors, comme des essaims, des colonieset des nations entières chercher de nouvelles demeures.

La Pologne et la Turquie en Europe n’ont presque plus depeuples.

On ne saurait trouver dans l’Amérique la deux-centièmepartie des hommes qui y formaient de si grands empires,

L’Asie n’est guère en meilleur état. Cette Asie mineure quicontenait tant de puissantes monarchies , et un nombre siprodigieux de grandes villes, n’en a plus que deux ou trois.Quant à la grande Asie, celle qui est soumise au Turc n’estpas plus pleine ; et p'our celle qui est sous la domination denos rois, si on la compare à l’état florissant où elle était au-trefois , on verra qu’elle n’a qu’une très-petite partie des habi-tants qui y étaient sans nombre du temps des Xerxès et desDarius.

Quant aux petits États qui sont autour de ces grands empi-res, ils sont réellement déserts : tels sontles royaumes d’Iri-mette, de Circassie, et de Guriel. Ces princes, avec de vastesÉtats, comptent à peine cinquante mille sujets.

L’Égypte n’a pas moins manqué que les autres pays.

Enfin je parcours la terre, et je n’y trouve que délabre-ment ; je crois la voir sortir des ravages de la peste et de lafamine.

L’Afrique a toujours été si inconnue, qu’on ne peut enparler si précisément que des autres parties du inonde ; mais,à ne faire attention qu’aux côtes de la Méditerranée connuesde tout temps, on voit qu'elle a extrêmement déchu de cequ’elle était province romaine. Aujourd’hui ses princes sontsi faibles, que ce sont les plus petites puissances du inonde.

Après un calcul aussi exact qu’il peut l’étre dans ces sortesde choses, j’ai trouvé qu’il y a à peine sur la terre la dixième

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