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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

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partie des hommes qui y étaient du temps de César. Ce qu’ily a d’étonnant, c’est qu’elle se dépeuple tous les jours; et sicela continue, dans dix siècles elle ne sera qu’un désert.

Voilà, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soitjamais arrivée dans le monde. Mais à peine s’en est-on aperçu,parce qu’elle est arrivée insensiblement, et dans le cours d’ungrand nombre de siècles ; ce qui marque un vice intérieur, unvenin secret et caché, une maladie de langueur, qui affligela nature humaine.

A "Venise, le 10 de la lune de Rhégeb, 1718.

CXIV. USBEK A RHÉDI.

A Venise.

Le monde, mon cher Rhédi, n’est point incorruptible ; lescieux memes ne le sont pas : les astronomes sont des témoinsoculaires de tous leurs changements, qui sont les effets biennaturels du mouvement universel de la matière.

La terre est soumise, comme les autres planètes , aux mê-mes lois des mouvements ; elle souffre au dedans d’elle uncombat perpétuel de ses principes : la mer et le continent sem-blent être dans une guerre étemelle; chaque instant produit denouvelles combinaisons.

Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements,sont dans un état aussi incertain : cent mille causes peuventagir, dont la plus petite peut les détruire, et à plus forte raisonaugmenter ou diminuer leur nombre.

.Te ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, sicommunes chez les historiens, qui ont détruit des villes etdes royaumes entiers : il y en a de générales , qui ont misbien des fois le genre humain à deux doigts de sa perte.

Les histoires sont pleines de ces pestes universelles qui onttour à tour désolé l’univers. Elles parlent d’une , entre au-tres, qui fut si violente, qu’elle brûla jusqu’à la racine des